lundi 28 mai 2012

Les pompiers pyromanes


Mario Draghi, actuel patron de la Banque Centrale Européenne,  fut vice président Europe de 2002 à 2005 de Goldman Sachs. Rappelons que cette banque d'affaire américaine a conseillé (contre rémunération) le gouvernement grec dans ses montages qui lui ont permis de tricher pour entrer dans l'Euro. Je ne m'étends pas ici sur le rôle joué par cette banque dans la crise financière mondiale de 2008, elle qui vendait des "subprimes" à ses clients tout en pariant sur la chute de ces produits.. Ce monsieur explique qu'il n'était pas encore dans la banque lors du montage..
Mais ce même Mario Draghi fut également gouverneur de la banque d'Italie dans les années 90 et a à ce titre mené des opérations avec des banques d'affaires américaines pour "réduire" le coût de la dette publique italienne...

Mario Monti fut "international advisor" à partir de 2005 pour Goldman Sachs.
Depuis 2010, il est aussi président de la section Europe à la Commission Trilatérale. Il est également membre du comité de direction du groupe Bilderberg : on ne sait pas s'il a abandonné ces 2 fonctions lorsqu'il est devenu 1er ministre italien à l'automne dernier.

Corrado Passera, patron d'Intesa Sanpaolo, la deuxième banque d'Italie, est nommé au poste de ministre du Développement économique, des Infrastructures et des Transports par Mario Monti.

Luis de Guindos, ancien président de la banque Lehman Brothers pour l’Espagne et le Portugal de 2006 à 2008, est nommé au poste de ministre de l’Economie en Espagne par Mariano Rajoy.

Peter Sutherland, irlandais, ex-président de Goldman Sachs International dont il est resté l'un des administrateurs, a joué un rôle-clé dans le sauvetage de l'Irlande. 

Paul Deighton, qui a passé 22 ans chez Goldman Sachs, est directeur général du comité organisateur des Jeux olympiques de Londres en 2012. 

Lucas Papademos fut gouverneur de la banque de Grèce de 1994 à 2002 et ne pouvait donc rien ignorer des trucages des comptes de son pays, puis il fut vice président de la Banque Centrale Européenne jusqu'en 2010 et a donc été parfaitement informé de tous les montages abracadabrants et de tous les sauvetages de banques effectués en Europe depuis la crise financière de 2008.

En 2005, Goldman Sachs revend une partie du "swap" en question à la National Bank of Greece, la première banque commerciale du pays, dirigée par Petros Christodoulos... qui était trader chez GS en 1987 à Londes.. Ce monsieur a été nommé en février 2010 responsable de l'organisme gérant la dette grecque.

Mark Patterson, un ancien lobbyiste de la banque Goldman Sachs, est le principal conseiller de Timothy Geithner... Rappelons que ce dernier était à la FED de New York lors du fameux plan "Paulson" pour sauver les banques US en 2008.. (Paulson, qui, avant d'être secrétaire d'état au trésor, fut le boss de GS)

Gary Gensler, dix-huit ans chez Goldman Sachs, préside le gendarme des marchés dérivés (CFTC) aux USA..

M.Dimon, patron de JP Morgan Chase, qui vient de se distinguer par des opérations foireuse sur des "dérivés de crédit" pour un coup de 2 à 5 milliards pour la banque qu'il dirige, siège au CA de la Fed de New York..

Pour couronner le tout, on a des gens comme Christine Lagarde, qui après nous avoir conseillé de prendre le vélo lorsqu'elle était ministre des finances pour économiser sur le prix de l'essence, déclare ce week-end que les grecs feraient mieux de payer leurs impôts..

Rappelons d'une part que les prélèvements en Grèce sont d'environ 40.7% du PIB, c'est certes inférieur aux prélèvements français (48.9%) ou allemands (44%), mais c'est supérieur au niveau de prélèvements du Luxembourg, de la Suisse, de l'Irlande, de l'Espagne, etc..

Et puis surtout, sachant qu'elle émarge à 380 939 euros en tant que directrice générale du FMI, elle ne paie elle même aucun impôt sur le revenu.. : elle a encore perdu une occasion de se taire, il va falloir faire un best of avec ses déclarations, elle doit tenir la palme !


On a donc aux principales manettes dans le monde occidental des gens qui ont travaillé des années à créer la crise que nous traversons : sont ils les mieux placés pour la résoudre ?

vendredi 11 mai 2012

Grèce, 2 ans d'erreurs..

Octobre 2011

Souvenez-vous du 31 octobre 2011, à la veille du G20 organisé à Cannes, le 1er ministre grec Papandréou lance une bombe, il souhaite organiser un référendum sur les mesures d'austérité.
  • Réaction immédiate des marchés financiers : dégringolade généralisée, la panique emporte les valeurs financières.
  • Réaction immédiate des "partenaires" de Papandréou : on a sorti les muscles pour le faire changer d'avis et il a démissionné dans la foulée.
Vous rendez-vous compte, il s'agissait de demander leur avis à celles et ceux qui allaient subir l'austérité décidée par d'autres, en échange d'une aide financière conséquente pour maintenir globalement le système à flots.
"Quoi, le peuple à le droit de s'exprimer ?" hypothèse insupportable à l'époque pour l'oligarchie européenne..

Mai 2012

Que s'est il passé le week-end dernier en Grèce : le référendum que l'on a refusé fin octobre a bien eu lieu, et le peuple grec a massivement rejeté l'austérité.
Donc en jouant à se voiler la face fin octobre, on a fait semblant d'adopter un plan de sauvetage qu'on savait voué à l'échec. Sauf qu'il y avait un calcul : tenir 6 mois de plus.. comme à chaque fois.
Pourquoi je me permets d'écrire "voué à l'échec" ?
Il suffit de regarder ce plan de plus près, et de voir qu'avec des hypothèses de croissance de 3% dès 2013, il faudrait encore plus de 10 ans à la Grèce pour ramener son ratio dette/pib à 120%, ce qui reste de toutes façons insupportable.

Petit retour historique sur 2 ans de tergiversations

Fin 2009

Décembre 2009, Papandréou, qui vient d'arriver au pouvoir, découvre l'état réel des comptes grecs et commence à alerter les différentes instances (FMI, Union Européenne).
C'est le feuilleton de la fin janvier 2010, les anglo-saxons inventent le sigle "PIIGS" (peu flatteur quand on connait la signification du mot pig en anglais) pour Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne (Spain en anglais).
La pression monte sur les "marchés" jusqu'à début mai 2010, tout le monde a peur d'une réaction en chaîne et de l'effondrement de la zone euro.
Les indices boursiers chutent lourdement, des séances à -5% sur le CAC 40 deviennent presque banales, mais il faut "rassurer les marchés" : on entendra cette phrase plusieurs fois par jour pendant des semaines et des semaines, dans la bouche de la plupart des dirigeants européens..

Mai 2010

Le 8 mai 2010, à l'issue d'un sommet européen "exceptionnel", l'Europe et sa monnaie sont sauvées, on a décidé de mettre en place un pare-feu nommé "FESF", on décide d'un plan d'aide de 110 milliards d'euros pour la Grèce, et promis, tout va rentrer dans l'ordre, on a fait ce qu'il fallait faire.
Les imbéciles qui évoquent le défaut de paiement ou la possible sortie de l'Euro pour la Grèce sont des incompétents qui souffle sur les braises.
Le résultat est spectaculaire, les marchés sont rassurés, le lundi les places européennes s'envolent de 9%.
De très nombreuses personnes comprennent alors qu'il ne s'agit pas de "sauver la Grèce", mais de sauver les grandes institutions financières, on gagne du temps, on affiche les sourires.
A partir de cette période, l'étude des expositions des grandes banques européennes aux dettes des "PIIGS" (cf le site de la Banque des Règlements Internationaux) est très instructif, chacun va chercher par tous les moyens à se débarrasser de ce papier encombrant et peu fiable, c'est dire la confiance des institutions financières dans le plan de sauvetage.
Pendant tout l'été 2010, on nous répétera un nombre incalculable de fois, qu'il s'agisse de Trichet à la BCE, de Juncker à l'Eurogroupe, de Lagarde ministre des finances en France, qu'il n'y aurait JAMAIS de défaut grec
Il suffira cependant de quelques séances pour que les places boursières retrouvent un niveau inférieur à la veille du sauvetage.. et ce des 2 cotés de l'atlantique.

Rentrée 2010

La FED finit par s'apercevoir que la situation de sortie de crise telle qu'elle la dépeignait pour les USA n'est pas aussi positive qu'espérée, et décide donc avec son gouverneur Ben Bernanke de lancer le fameux "QE2", pour Quantitative Easing version 2.
Sans entrer dans les débats techniques, il s'agit pour la FED  d'injecter des milliards et des milliards sur les marchés en rachetant autant que possible de bons du trésor américain et en soulageant les banques de le faire, en espérant que cet argent se déversera dans l'économie réelle afin de stimuler croissance et emploi en berne.
Les pays émergents sont furieux car cela déverse des liquidités sur les marchés mondiaux en favorisant l'inflation, sur les matières premières notamment, et cela va faire baisser le dollar.
Il est assez comique de la part des USA de prendre cette décision unilatérale, tout en affirmant depuis des mois lors des G20 qu'il faut absolument que la Chine réévalue sa monnaie..
Quant à l'Europe, au paroxysme de la crise "grecque" en mai et juin 2010, l'euro vaut alors environ 1.18 dollars, ce qui finalement n'est pas mauvais pour les exportations européennes. Ce QE2 va provoquer ce à quoi Bernanke s'attendait, à savoir une baisse du dollar.. et une remontée en flèche des indices boursiers, américains en particuliers

Quelques ratés cependant dans ce joli plan global, à l'automne 2010 c'est l'Irlande qui a son tour a besoin d'un plan de sauvetage, l'état est en faillite pour avoir notamment renfloué ses banques en faillite.

Hiver 2011

On jure en Europe depuis des mois qu'il n'y aura pas d'autres problèmes à régler, et voici qu'arrive justement le Portugal, qui sollicite lui aussi un plan d'aide.. Mais heureusement, on a le FESF, tout est "under control"..

Début avril 2011, après ne l'oublions pas des "stress tests" en 2010 sur les banques européennes qui ont confirmé que tout allait bien, Lucinda Creighton, ministre irlandaise des Affaires européennes, déclare : L'Irlande a pris ses responsabilités en refusant une restructuration de sa dette. "Nous faisons régler la facture par les contribuables irlandais. C'est une décision courageuse", explique-t-elle.
Une restructuration --une solution que refuse la Banque centrale européenne, selon Mme Creighton-- entraînerait des pertes pour les détenteurs de titres de dette irlandaise, principalement des banques européennes, dont françaises et allemandes.

Le 7 avril 2011,on apprend que le gouvernement portugais avait finalement cédé en acceptant de demander de l'aide (alors qu'il expliquait il y a une semaine qu'il n'en avait pas besoin) "sous la pression des banques"..
Tiens pourtant lors du plan d'aide à l'Irlande, on nous avait dit que cette fois (une fois de plus), c'était fini, tout était réglé..

Dans les semaines qui suivent, comme des prémices de ce qui allait se passer pour le référendum de Papandréou, les autorités européennes ont appelé samedi les responsables portugais à éviter de dialoguer sur la place publique avec elles tous les jours, après la demande du président du Portugal pour que l'UE mette en place un "programme intérimaire" pour l'aide à son pays

Les grands argentiers annoncent qu'ils préparaient un plan d'aide au Portugal d'un montant d'environ 80 milliards d'euros en échange d'un programme d'austérité qui devra être adopté d'ici à la mi-mai et qui devra "impliquer tous les partis" portugais.

Après donc 110 milliards pour la Grèce, je ne sais plus combien pour l'Irlande, voilà 80 milliards pour le Portugal..

Les 1ers bilans sur le 1er plan grecs ne vont pas tarder à montrer que ça ne fonctionne pas du tout "comme prévu", que la récession est pire que prévue, et qu'il n'y a aucun rétablissement des comptes grecs..

J'allais oublier : le plan de mai 2010 devait permettre à la Grèce de revenir emprunter "normalement" sur les marchés courant 2012... sans blague !

Juin 2011

Passons sur l'épisode du Sofitel new-yorkais.. Christine Lagarde, qui venait d'inventer en France la "rilance" (sorte de mélange de rigueur et de relance), est nommée à la direction du FMI en remplacement de qui vous savez. Elle n'oublie pas d'affirmer avant de quitter ses fonctions au ministère des finances que les banques françaises se portent très bien.. d'ailleurs de nouveaux "stress tests" en juillet 2011 vont le prouver.

Je ne sais pas si elle est incompétente, menteuse ou manipulatrice et téléguidée par la finance anglo-saxonne, toujours est il que 2 mois après elle déclare depuis son bureau du FMI qu'il faut recapitaliser les banques, françaises notamment..
Petite parenthèse : Dexia passe avec succès ces stress tests de juillet 2011 mais se déclare en faillite en septembre 2011, bref..
Si un scénariste oserait mettre tout cela dans un film, le film serait critiqué tant il serait invraisemblable.

Revenons donc à la Grèce en ce mois de juin 2011..

Des négociations pour un second plan d'aide commencent, on parle de 130 milliards d'euros cette fois, et, tiens tiens, on évoque une "décote" de 20% sur la dette grecque, après avoir martelé pendant 1 an que ceux qui pensaient que ça pouvait arriver avançaient des inepties.

Le nouveau plan est sur les rails, on demande un énième plan d'austérité aux grecs, ce que finit par voter le parlement grec, et une fois de plus les indices boursiers reviennent à des sommets de 2 ans, l'épisode Fukushima est effacé, le CAC  à 3900 points..

Été 2011

Bien qu'ayant "rassuré" les marchés avec le 2ème plan (on comprend quand même que les 110 premiers milliards n'ont servi à rien) finalement certains évoquent une décote plus importante que prévue, les 20% ne seraient pas suffisants.

Pendant ce temps de l'autre coté de l'Atlantique, on s'affole aussi sur la dette américaine, les 2 partis contrôlant chacun une assemblée (Sénat et Chambre des représentants), ils n'arrivent pas à se mettre d'accord sur ce qu'il faudrait faire pour la dette astronomique des USA, et ce qui devait arriver arriva, une agence de Notation dégrade les USA.
La seule mesure qui fut prise : augmentation du plafond de dette autorisé pour ne pas bloquer les paiements du gouvernement fédéral.
Cet épisode a le mérite temporaire de rappeler que le problème du monde n'est pas la dette d'un pays qui représente à peine 2% du PIB de l'union européenne, mais les américains vont s'employer à détourner l'attention et vont s'arranger pour que tous les projecteurs se braquent de nouveau sur l'Europe.

Par le petit jeu des spéculations, les taux d'emprunts italiens commencent leur envolée, l'Espagne s'enfonce dans la crise, mais tout va bien en apparence aux USA puisque malgré la dégradation de leur note, les taux d'emprunt pour le trésor américain n'ont jamais été aussi bas.

Au cours du mois d’août, on aura en France l'annonce du "plan de rigueur" par le 1er ministre.

Rentrée 2011

La "décote" décidée en juillet à un niveau de 20% est finalement portée à 50% dans un 1er temps, on va aller de sommet de la dernière chance en réunion de crise, et chaque dirigeant annonce une nouvelle par  jour.
Le secrétaire du trésor américain s'invite d'ailleurs à une réunion en Europe pour venir donner des leçons (alors qu'aucun accord ni réforme ne se profile aux USA, le seul "deal" qu'obtiendra Obama face au congrès républicain étant de maintenir les avantages fiscaux accordés aux plus aisés par G.W Bush en échange du maintien des allocations chômages pour les plus démunis...)

Les indices européens sont à des niveaux proches de ce qu'ils étaient au plus fort de la crise "post faillite Lehman Brothers" en mars 2009, les banques sont à l'agonie en Europe  les cotes s'effondrent, le marché interbancaire est bloqué.

Arrive donc le G20 et la tentative de Papandréou, le sommet "est un succès", on propose un nouveau pacte budgétaire européen, on invente un nouveau meccano par dessus le FESF qui se nomme le "MES" (Mécanisme Européen de Stabilité), personne ne comprend rien à ces montages tous plus foireux les uns que les autres mais ça n'est pas grave, les chefs d'état s'invitent sur les plateaux TV pour nous expliquer qu'ils ont sauvé l'euro, l'Europe, et même "le Monde"..

Le nouveau plan grec consacre donc finalement un défaut de 57% sur les obligations grecques détenues par les banques privées (on n'impose pas cette décote  à la BCE), on finalise ce nouveau plan de 130 milliards d'aide pour la Grèce qui s'ajoutent donc aux 110 milliards, et on jure partout que le MES permettra à l'Italie, à l'Espagne et à d'autres d'être protégées..

Le 1er novembre 2011, celui que les européens avaient choisi en juin pour succéder à Trichet à la tête de la BCE prend ses fonctions, il s'agit de Mario Draghi.

Les tergiversations de Berlusconi pour adopter un plan de rigueur en Italie ont raison de lui, il est poussé dehors par ses homologues européens, et, sans élection, un certain Mario Monti est nommé 1er ministre en Italie.

Et enfin, puisque Papandréou a eu l'audace de proposer un référendum, il est lui aussi poussé dehors, et en Grèce comme en Italie, sans élections, un nouveau gouvernement de coalition est formé sous la direction de Papademos.

La main-mise de Wall Street

Les Goldman Boys

Il est tout de même assez étrange, au moins pour l'opinion, de nommer en Italie, en Grèce, et à la BCE des "pompiers pyromanes"..

Mario Draghi fut vice président Europe de 2002 à 2005 de Goldman Sachs alors même que cet établissement a conseillé (contre rémunération) le gouvernement grec dans ses montages qui lui ont permis de tricher pour entrer dans l'Euro. Je ne m'étends pas ici sur le rôle joué par cette banque dans la crise financière mondiale de 2008, elle qui vendait des "subprimes" à ses clients tout en pariant sur la chute de ces produits.. Ce monsieur explique qu'il n'était pas encore dans la banque lors du montage..
Mais ce même Mario Draghi fut également gouverneur de la banque d'Italie dans les années 90 et a à ce titre mené des opérations avec des banques d'affaires américaines pour "réduire" le coût de la dette publique italienne...

Mario Monti fut "international advisor" à partir de 2005 pour cette même banque.
Depuis 2010, il est aussi président de la section Europe à la Commission Trilatérale. Il est également membre du comité de direction du groupe Bilderberg : on ne sait pas s'il a abandonné ces 2 fonctions lorsqu'il est devenu 1er ministre italien à l'automne dernier.

Lucas Papademos fut gouverneur de la banque de Grèce de 1994 à 2002 et ne pouvait donc rien ignorer des trucages des comptes de son pays, puis il fut vice président de la Banque Centrale Européenne jusqu'en 2010 et a donc été parfaitement informé de tous les montages abracadabrants et de tous les sauvetages de banques effectués en Europe depuis la crise financière de 2008.

En 2005, Goldman Sachs revend une partie du "swap" en question à la National Bank of Greece, la première banque commerciale du pays, dirigée par Petros Christodoulos... qui était trader chez GS en 1987 à Londres.. Ce monsieur a été nommé en février 2010 responsable de l'organisme gérant la dette grecque.

Ce sont donc ces 3 "techniciens" qui allaient jouer le rôle de sauveur..

Quelques autres noms intéressants :
Peter Sutherland, irlandais, ex-président de Goldman Sachs International dont il est resté l'un des administrateurs, a joué un rôle-clé dans le sauvetage de l'Irlande. 

FED et BCE

Peu après ce sommet qui n'avait rien réglé, ça n'allait pas franchement mieux pour les banques européennes qui se trouvaient totalement asséchées en dollars, et on allait une fois de plus assister à une gigantesque manipulation, sans aucun délit d'initié bien sur..
Alors que ce jour là des statistiques chinoises n'encourageaient pas les "marchés" à se redresser après des semaines d'agitation, un communiqué sorti de nulle part annonce "une intervention coordonnée des banques centrales pour sauver l’Europe de la crise de la dette" (dixit les titres des articles dans à peu près toute la presse),

Cela n'a évidemment rien à voir avec les dettes européennes, il s'agit de fourguer des dollars à la BCE qui les refourgue aux banques européennes paralysées, il faut éviter une faillite..
Il s'agit pour la énième fois depuis octobre 2008 de mettre sous perfusion des banques qui ont une fois de plus joué avec le feu.

On note une coïncidence étonnante : le cours de "Bank of America" comme la plupart des autres banques s'effondrait jour après jour, mais dans ce cas précis approchait du plancher symbolique des 5 dollars...
Or la loi aux USA interdit au fonds de pension de détenir des actions "pourries", qui cotent moins de 5 dollars.

Sans ce petit "coup de pouce" de la FED, la réaction en chaîne aurait pu être violente : vente massive des titres Bank of America par les fonds de pension, et quand on regarde l'enchevêtrement des fonds de pension, banques américaines, agence de notation, c'est tout un château de cartes qui menaçait de s'écrouler, avec à la clé les retraites de millions d'américains.

Puis en décembre notre "super Mario" sortait la grosse artillerie avec un premier prêt d'environ 500 milliards d'euros pour les banques européennes, le tout sur 3 ans et à 1%, tout en acceptant à peu près n'importe quoi en garantie (et donc de très nombreuses créances toxiques).
L'école Ben Bernanke était en place eu Europe avec les Goldman Boys, Draghi allait d'ailleurs renouveler l'opération en février pour des montants similaires.

La BCE avait donc trouvé le moyen d'injecter 1000 milliards d'euros dans les banques SANS CONDITION..

Même méthodes, mêmes résultats : à l'instar de ce qui se passe aux USA avec les interventions de la FED, Draghi arrive à relancer à la hausse les indices européens, le CAC 40 passe en quelques semaines de 2900 à 3500 alors que toutes les prévisions économiques sont en berne et annoncent une récession en Europe.

Et maintenant...

Fin du cycle ?

Mai 2012, 2 ans après les jeux du cirque de mai 2010, la Grèce est toujours en faillite, les banques européennes ne vont pas mieux, le peuple grec vote contre l'austérité, mais rien n'a changé dans le mode de pensée de ceux qui prennent des décisions..
Rien ?
Pas tout à fait, on admet maintenant qu'il est possible que la Grèce sorte de la zone Euro..

Tout ça pour ça...

Imaginons une sortie temporaire et un défaut intelligemment négocié en mars 2010 pour la Grèce.. en n'écrasant pas la croissance dans ce pays, en lui permettant de dévaluer pour retrouver sa compétitivité, en lui donnant 4 ou 5 ans sans intérêts à payer.. Où en serions nous ?
La différence serait peut-être sensible pour le peuple grec, mais ça n'est pas le point important : on a sauvé une fois de plus avec de l'argent public, et de façon détournée, les banques européennes, qu'elles soient françaises, allemandes ou italiennes. Et on ne leur demandera évidemment aucune contrepartie ni réforme dans les comportements.. Ce matin c'est la banque américaine JP Morgan qui annonçait une perte de '"probablement au moins 2 milliards de dollars" pour des "imprudences commises sur le marchés des "couvertures de crédit"... tiens tiens, le même type de produit qui a coulé AIG lors de la chute de Lehman Brothers. On n'a donc tiré aucune leçon de 2008, et pire, les états se sont mis à genoux devant ces institutions, en nationalisant les pertes.

Les problèmes de la zone Euro escamotés..

Coté européen, c'est la cacophonie permanente, avec d'un coté le président de l'Eurogroupe qui veut envoyer un signal fort à la Grèce pour son maintien dans la zone Euro, quitte à consentir des aménagements dans les plans prévus (et notamment des délais supplémentaires), et de l'autre, le ministre des finances allemand, lui-même candidat à la succession de Jean-Claude Juncker à la présidence de l'Eurogroupe, qui déclare que nous avons les moyens de gérer la sortie de la Grèce de la zone Euro : en clair, maintenant que nous avons protégé nos banques, et bien qu'ils s'en aillent, on ne veut plus payer.
Le véritable problème de fond n'est jamais abordé : 17 pays ont une monnaie commune, qui ne peut donc pas s'ajuster en interne en fonction des excédents des uns et des déficits des autres, mais tout ce beau monde est incapable de s'entendre sur une fiscalité européenne :
  • l'Irlande a par exemple refusé de relever son taux d'imposition sur les sociétés, pourtant la cause principale du "dumping" fiscal exercé par ce pays
  • la France a augmenté la taxation sur le capital de 31.1% à 39.5% pendant qu'en Allemagne on est autour de 25%
  • il est inconcevable à ce jour de lever des impôts européens pour forcer une redistribution, les allemands notamment répétant qu'ils ne veulent pas (plus?) payer pour les pays du sud.. alors que leur excédent commercial est réalisé à 70% en Europe.. : si vous résidez en Vendée par exemple, cela vous choque t'il que l'état investisse dans le TGV Est ?
  • pour prendre une autre image, vous parle t'on de l'excédent commercial de la Californie vis à vis du Dakota par exemple ?
Avoir donc une monnaie commune sans gouvernement fédéral, démocratiquement élu bien sûr, et un système de redistribution à l'échelle de la zone est une aberration.
Nos dirigeants européens ont créé de toutes pièces un puzzle administratif ingérable et font chaque jour de nouvelles "avancées" anti-démocratiques (lire le traité du MES par exemple), qui poussent les peuples européens à voter pour partis nationalistes qui rejetteront de facto une véritable Europe fédérale et démocratique.
La Grèce va donc sans doute re-voter en juin, et si elle sort de la zone Euro dans les conditions actuelles, ce sera le chaos en Europe : les "riches grecs" ont soigneusement sorti 250 milliards d'euros du pays pour les mettre dans des banques suisses, et la majorité du peuple grec va sombrer, les marchés de leur coté lorgneront sur le Portugal ou l'Espagne..

Que va t'il se passer coté américain ?

Certains envisagent donc le chaos financier... et forcent d'ailleurs la main en ce sens. Sans doute ont-ils beaucoup à y gagner..
Mais n'oublions pas que l'oncle Sam veille au grain, ce matin Obama revenait se mêler de la crise de la dette européenne en déclarant que nous n'avions pas pris les bonnes mesures à temps..
Et oui, il y a des élections au mois de novembre aux USA, il faut patienter un peu avant de sortir les cadavres du placard...

dimanche 29 avril 2012

Une opinion parmi d'autres


J'avais écrit cet article il y a quelques mois, en pleine "crise de la dette en Europe" (avant le Haircut grec)..
Je constatais, avec dépit, qu'aucune décision radicale ne serait prise avant les élections (France, US, Russie) et qu'en attendant nos "puissants" continueraient de se gaver pendant que les peuples continueraient de trinquer.

On était sur le point de consacrer le successeur de Jean-Claude Trichet à la Banque Centrale Européenne : les européens ne trouvaient rien à reprocher à Mario Draghi pour diriger cette institution.
Qu'il fut auparavant vice-président Europe de Goldman Sachs, la banque d'affaire américaine qui avait aidé le gouvernement Grec à maquiller les comptes de ce pays pour l'adhésion à l'Euro, ou qu'il fut gouverneur de la banque d'Italie ayant pratiqué le même type d'opérations sur des swaps n'augurait rien de bon : nous allions sombrer dans des schémas encore plus vicieux..
Il a effectivement depuis parfaitement rempli son rôle avec ses 2 LTRO et les 1000 milliards prêtés aux banques, mais "l'économie réelle" n'en a pas vu la couleur.. La commission européenne elle-même demande d'ailleurs des explications..


Je ne suis pas ni d'extrème gauche ni d'extrème droite : il semble que si dans ce pays on évoque le problème intrinsèque que constitue l'Euro alors on fait allégence à Marine Le Pen, comme il semble que lorsqu'on évoque des thèmes défendus par Melenchon alors on est immédiatement taxé de stalinien ou de pro régime nord-coréen..


Pourtant ces 2 candidats ont osé taper dans la fourmillière... et cumulent près de 30% des voix au 1er tour, avec 80% de participation.
Ce n'est pas grave, dès dimanche prochain on reviendra à la "gestion" du pays, et absolument aucune décision radicale ne sera prise.


Plus on perd de temps et pire ça sera, et plus les initiés se déconnectent du reste du monde.


On ne tardera pourtant pas à lire des déclarations sur le fait qu'il faille "rassurer les marchés"..


Or il est clair aujourd'hui même pour des gens "normaux" (pour être politiquement correct, je veux dire des gens - grand public, économistes ou politiques - non extrémistes) que seul un changement radical et un virage à 180% par rapport à tout ce qu'on a décidé depuis 30 ans doit être opéré, si tant est que la mission d'un dirigeant économique et politique soit d'assurer le meilleur pour l'intérêt général. (et pas les intérêts particuliers d'une oligarchie dominante qui se retrouve à Davos, qu'ils soient chinois, russes, américains, anglais, français ou allemands).


J'éviterais donc volontairement les sujets "anti-sarkozy" primaires ou "anti-hollande" primaires, qu'il s'agissent des enveloppes d'une milliardaire, de valises de l'organisation  françafrique (mis en place dans les années 60 et tout le monde a mangé dans la gamelle) ou de la gestion de la fédération bouches du rhône du PS.. Sauf qu'il faut bien constater que ces "affaires" nous révèlent une fois de plus que seule la lutte pour le pouvoir compte, et pas l'intérêt général.


Enfin, malheureusement aussi dirais-je, il n'y a AUCUNE chance que les intérêts aussi contradictoires que ceux des USA, de l'Europe (on pourrait découper l'Europe en au moins 3 ou 4 entités), de la Chine et des pays pauvres (Afrique notamment) fassent qu'on aboutisse à un accord mondial sur le changement radical dont notre planète a besoin.
Je parle évidemment de décisions favorables aux peuples des pays cités, qui profiteraient autant à l'ouvrier chinois sur-exploité qu'à l'américain pauvre qui a besoin d'un bon alimentaire pour espérer se nourrir (il y en a 46 millions), ou encore aux 8 millions de personnes sous le seuil de pauvreté en France et je ne parle pas du gamin ivoirien qui ramassent les fèves de cacao pour que nous ayions notre carré de chocolat avec le café.
Par contre s'il s'agit des oligarques russes qui, sous l'impulsion de Poutine, ont fait main basse sur les ressources énergétiques, ou s'il s'agit de nos "brillants grands patrons" du CAC 40 qui à de très rares exceptions près se sont tous cooptés non pour leur talent mais pour leur consanguinité, sans avoir jamais rien "entrepris" de leur vie, ou encore s'il s'agit des patrons des grandes banques d'affaires américaines (certains disent avoir reçu "mandat de dieu" pour exercer), alors là rassurez vous, ils s'entendront.. sur votre dos !


En admettant même que les "émergents" ne puissent s'entendrent avec les pays dits "développés" (la Chine devant entre autres sécuriser ses marchés à l'exportation, assurer son approvisionnement énergétique et tenter de favoriser sa consommation interne), on constate de toutes façons que ces derniers ne peuvent s'entendre entre eux :


Quand Geithner vient donner des leçons à l'europe lors du sommet en Pologne, on sait très bien qu'il ne s'agit pas de s'inquiéter réellement pour le dettes européennes, mais plutôt d'attirer toute l'attention du monde sur les problèmes européens pendant que les USA ne résolvent aucun de leurs problèmes de dette ni de déficit.


Pendant ce temps, la Chine fait main basse sur les terres agricoles ou les puits de pétrole en Afrique, l'intégrisme contamine tout le sahel (cf les événements récents au Mali), et on est au moins certain d'une chose : l'Afrique va continuer à trinquer, tout le monde se fout de savoir que des millions de personnes crèvent de faim !


On a assisté donc depuis plus d'un an à une tentative désespérée en Europe de vouloir A TOUT PRIX sauver le système financier délirant mis en place par le traité de Maastricht (article 104, et validé par l'article 123 du traité de Lisbonne, qui n'est qu'une extension à l'europe de la loi française de 1973 sur la banque de France). Que la zone euro soit la seule zone économique au monde dans laquelle l'institution d'émission ne soit pas le prêteur en dernier ressort semble apparemment "normal" aux yeux de ceux qui tiennent le système (alors que la FED, la Banque du Japon ou la Banque d'Angleterre n'hésitent pas, elles, à jouer ce rôle).


En même temps on fait semblant pour amadouer le peuple de vouloir mettre en place une taxe sur les transactions financières, tout en exonérant de cette taxe les "établissements teneurs de marchés" (les banques), ou en n'expliquant pas au "peuple" que dorénavant la majorité des transactions sont hors systeme, qu'elles soient réalisées sur les bien nommés "darkpool" ou qu'elles concernent des "produits" autres que les actions (cf la bulle obligataire aux US).


De la même façon, on fait semblant pour certains de proposer un impôt sur les "riches" en créant une tranche à 75% pour les revenus qui excèdent 1 millions d'euros.. et en face on crie au scandale, prétextant la fuite des cerveaux et des "investisseurs" si cette taxe est mise en place. 
D'ailleurs, puisque les opposants à cette tranche argumentent qu'elle serait négligeable vu ce qu'elle rapporterait, alors si elle est négligeable pourquoi s'y opposer ?


On pourrait s'interroger sur l'utilité de "la bourse" : il ne vous échappe pas qu'il s'échange chaque jour en moyenne 3.5 à 5 milliards d'euros sur le seul Cac 40, ce qui représente environ 800 à 1000 milliards d'euros chaque année (et je passe sur l'ensemble des autres indices ou marchés dérivés..)
A part à faire tourner l'argent virtuel en cycle fermé pour permettre à ceux qui en ont déja d'en avoir encore plus, à quoi ça sert ?


Je vois d'ici venir les réponses : à financer les investissements des entreprises pardi !


Ben voyons.. à force de nous bourrer le crâne avec ce genre d'évidences, on finit par y croire.. sauf que c'est faux : 


En 2010, le total des émissions nettes d’actions cotées (1650 sociétés)... 13 milliards d’euros..
En comparaison des montants échangés sur la place de Paris, c'est un montant totalement négligeable !


Vous objecterez que l'émission d'actions nouvelles ne suffit pas à mesurer les bienfaits de "l'investissement en bourse" pour les entreprises.
Effectivement, si on regarde les détails sur le site de l'INSEE pour 2010, il y a aussi 8,6 milliards d’euros d’actions non cotées et de 6,7 milliards d’euros de divers autres titres de participation.. soit de nouveau des montants totalement négligeables par rapport au casino géant de 1000 milliards d'euros.


Et ne venez pas m'expliquer qu'il ne faut pas multiplier le nombre de jours de bourse par le montant quotidien en prétextant que les mêmes titres changent plusieurs fois de mains chaque jour, ça ne ferait que conforter le constat que tout celà est parfaitement inutile à l'économie réelle et au bien-être des citoyens. Le robot de HFT qui va en qques nanos secondes truquer un carnet d'ordre pour raffler la mise ne fera que rapporter de l'argent à celui qui l'a programmé et mis en place, à savoir les grosses institutions financières.


Enfin, pour clore ce sujet sur l'utilité de la bourse, vous pourriez aussi objecter qu'il n'y a pas que l'émission d'actions nouvelles pour trouver un financement, il y a le marché obligataire.. ben voyons, vous en connaissez beaucoup des PME qui vont se financer sur le marché obligataire ? elles vont quemander un crédit au guichet de leur banque, point !


Je vais donc faire râler de nombreux lecteurs, mais la bourse ne sert à rien...  sauf à faire tourner en circuit fermé de l'argent détenu par ceux qui en ont déja le plus, dans le seul but d'en avoir encore plus. C'est moins vrai pour les USA puisque les pensions de retraites dépendent des marchés financiers, on comprend pourquoi de l'autre coté de l'atlantique il faut absolument injecter sans cesse de la part de la FED pour maintenir les indices en lévitation.


Je ferme cette parenthèse..


Au passage, il est assez vicieux je trouve de voir que le FMI, qui a provoqué des catastrophes humanitaires en Afrique, Asie ou amérique du Sud pendant les décennies 80 / 90 soit aujourd'hui si prompt à donner des leçons sur la gestion de la dette européenne, alors que cette institution est dirigée par Christine Lagarde, qui a auparavant oeuvré pendant des années, d'abord comme avocate d'affaire aux USA à défendre l'intérêt de certaines multinationales américaines, de l'armement en particulier, au détriment d'entreprises européennes, puis comme ministre des finances en passant tour à tour de la "rilance" à "la crise est finie", tout en s'opposant à la régulation des dérivés ou en favorisant au nom de la sacro sainte concurrence la mise en place des darkpools. Je passe sur le fait qu'elle a consacré l'entrée du vers dans le fruit en permettant aux banques anglo saxonnes de rentrer comme "SVT" à l'agence France Tresor : c'est un peu comme si dans une entreprise un patron invitait ses clients et créanciers à son conseil d'administration.
La déréglementation financière depuis les années 80, initiée à Londres et à Washington, couplée à la baisse forcenée des impots des plus riches sur la même période, a fini par produire 2 krachs majeurs, la bulle Internet en 2002 et la bulle de l'immobilier et des prêts dits "subprimes" fin 2007.


Qu'a t'on changé depuis l'effondrement de LB à l'automne 2008 ?.. Rien, on a nationalisé les pertes pour que l'ensemble des contribuables renflouent le système, on s'est livré à une politique monétaire expansionniste comme jamais, ça n 'effraie plus personne de parler de milliers de milliards dans les bilans des banques centrales.
On a installé les anciens pyromanes dirigeants ou conseillers des banques aux postes de pompiers (Draghi à la BCE, Monti - ex Goldman Sachs international Advisor en Italie, Papademos ex vice président de la BCE en Grèce).
Rien n'a changé disais-je : il n'est pas venu à l'esprit de nos "dirigeants" que certaines règles qui avaient été un peu vite jettées à la trappe étaient finalement des garde-fous qu'il fallait d'urgence remettre en place.. Puisque Reagan a déclaré au début des années 80 que "ce qui est bon pour Wall Street est bon pour l'amérique", et bien continuons.. il avait au moins raison sur un point, c'est bon pour le dollar, qui reste encore la monnaie mondiale de réserve : les USA peuvent impunément continuer à vivre à crédit vis à vis du reste du monde (cf la conférence de Presse de De Gaulle en 1965), de toutes façons il y a tellement de liquidités à placer de part le monde que le dollar est un vrai refuge.. tandis que l'euro menace d'exploser.



On me répondra face à la critique des politiques de "planche à billet" des banques centrales que la redoutée inflation ne se produit pas... et que donc c'est la moins pire des solutions, voire même on me répondra que je ne peux pas d'un coté critiquer le fait que la BCE est la seule banque centrale qui ne prête pas aux états et de l'autre critiquer la "planche à billet".
Sauf que la BCE fait tourner la planche... mais au profit exclusif de ceux qui ont provoqué la crise ! Concernant l'inflation, en effet les indices officiels dans les pays développés restent relativement sages, mais quid du prix des matières premières, de l'immobilier ?

On objectera inversement qu'un peu d'inflation ne ferait pas de mal pour résorber nos dettes.. pourquoi pas, à condition d'une véritable inflation, prix ET salaires.
Or on a vu Trichet depuis des années répéter à chaque fois qu'il fallait à tout prix éviter les effets de "second tour".. à savoir la propagation de la hausse des prix aux salaires, car cela nous entraînerait dans une spirale infernale..
Avec les taux de chômage que l'on a aujourd'hui il peut dormir tranquille, avant qu'on obtienne des augmentations de salaires il faudra déjà que le rapport de force "offre de travail / demande" s'inverse..


Tout est renié, de Allais à Keynes, même Smith ou Friedman les libéraux sont reniés : les "marchés" ne sont PAS efficients... 
La seule chose qu'on ne renie pas : taxer et pomper dans les poches du plus grand nombre possible.. pour renflouer la minorité. (cf Colbert....). 


Vous me direz qu'un discours pareil n'est pas audible pour l'électeur et qu'il vaut mieux s'écharper sur la viande halal..


Alors ce petit systeme bien rodé va continuer, il y a encore quelques peuples à asservir, la marge est importante entre ce qui est par exemple imposé aux portugais, irlandais, espagnols ou anglais et ce qu'on subit en France (et j'oublie volontairement les grecs).


Et dans cette campagne, à de très rares exceptions près, aucun candidat "sérieux" n'a osé dire les choses suivantes :


- on divise par 10 ou plus le nb d'élus (600 000 élus en france !!!!), on interdit le cumul des mandats dans le temps en plus des mandats simultanés
- on réforme radicalement le secteur bancaire (séparation depot / investissement), on laisse les établissements vérolés faire faillite, on est dans un systeme capitaliste oui ou non ?
- on repense l'euro en raisonnant balance des paiements (j'ai appris il y a bien longtemps en second que la monnaie dépendait entre autre de ça mais aujourd'hui on a oublié) : soit on n'a plus de balance pays par pays et on a une véritable europe fédérale avec une seule monnaie, soit on a une monnaie "commune" mais pas unique, c'est le ba-ba
- on rétablit aux états, sous le contrôle des parlements, la création monétaire
- on réforme totalement la fiscalité, tout le monde paie (meme les smicards) mais l'impot redevient progressif et on supprime les niches fiscales, à commencer par celles qui entretiennent des bulles (immo notamment)
- on renationalise les services de base (électricité, autoroute, etc..)
- on réforme radicalement notre fonctionnement centralisé pour relocaliser production et services, ce qui réduit considérablement les émissions de CO2
- on revoit totalement la protection sociale : la collectivité doit payer pour la santé et la vieillesse, soit, et il est aberrant de penser qu'on dépensera moins puisqu'on vit de plus en plus vieux et qu'on se soigne avec des technologies toujours plus pointues. Dans ce cas faire supporter ces couts sur le travail est une aberration alors il faut oser prononcer le mot, OUI à la TVA "sociale", mais pas à la mode sarkozyste avec un timide 1.6% sur des biens et services qui ne sont pas concurrencés . Toute marchandise ou service vendu en europe finance la protection sociale, que cette marchandise soit fabriquée en europe ou en chine. Un salarié touchant 1200 euros nets touchera par exemple 1500 nets, et le patron ne déboursera que 1500 au lieu de 2200, le cout du travail est en partie abaissé. Il est illusoire de croire qu'on peut s'aligner sur le cout chinois, et en contrepartie on rétablit donc des droits de douane. En échange le salarié paiera de la TVA sur son loyer par exemple et verra la TVA sur son ipod augmenter également.


- on sort de la logique de l'OMC, non on ne peut pas continuer à faire sauter toutes les barrières douanières et accepter que des enfants exploités continuent de cueillir du cacao ou fabriquent des tee-shirts en étant payé 1 dollar / mois, ce qui detruit en europe les emplois correspondants car on ne peut pas lutter : favoriser l'enrichissement des pauvres et classes moyennes dans tous les pays émergents aura pour effet bénéfique de développer leur consommation interne, tout en veillant à ne pas arriver au point où un chinois consommera autant qu'un américain, sinon c'est la ruine de la planète assurée. Nous devons réorienter et diminuer notre consommation


- à ceux qui pensent que les "marchés" sont les plus forts, et que les taux d'intérets s'envoleront si de telles mesures étaient adoptées, je réponds que lorsqu'on doit 1700 milliards, si un moratoire sur le paiement des intérets était décrété, je ne suis plus très certain que les "marchés" ne tremblent pas. Quant au fantasme sur le fait de s'attaquer à l'épargne des français au travers de l'assurance vie, qui dit gel du paiement des intérets ne dit pas désintégration du capital.. Un audit sur la dette doit être l'une des priorités.


- à ceux qui disent qu'il faut réduire le train de vie de l'état, je dis "oui", mais je parle bien de l'état : on a une facheuse tendance en utilisant cette expression à la traduire par la réduction des prestations versées aux populations, sans JAMAIS s'attaquer à l'appareil d'état lui meme.


- j'ai beaucoup d'autres sujets à aborder, qu'il s'agissent de sujets de société (homme-femme, immigration, ethique) ou de sujet plus concrets comme l'énergie.. mais si déja nos candidats avaient fait des efforts de propositions sur LE sujet majeur, à savoir la crise économique, nous serions beaucoup moins tentés de nous battre sur le regroupement familial, le droit à l'avortement ou le mariage gay.. l'écran de fumée joue à plein !


La liste pourrait etre encore tres longue.. mais il semble plus important de "rassurer les marchés", il a fallu établir un budget pour 2012 dans lequel pour la 1ere fois dans l'histoire le 1er poste de dépense sera de payer des intérets (devant l'éducation ou la justice), ou encore de faire tourner 10 fois le pib de la planete en dérivés..


Non je n'ai pas été candidat en 2012 (nous verrons où nous en serons pour 2017), et non malheureusement aucun candidat n'a osé parlé de tous ces points cette année.


Ce monde est fou, mais les solutions existent ! 

Docteur Sarko contre l'immonde Theodule

Ou...les tribulations d'un pauvre petit garçon retranché dans une médiocre défense inutile face à la vérité...

Je dois ce post à un intervenant "log56" sur le forum Boursorama, qui se reconnaîtra en le lisant ;)

Lisez jusqu'au bout... Très important et...intéressant !!!

L'Institut des politiques publiques (IPP) a étudié l'évolution de la fiscalité depuis 15 ans...
Résultat :

  • Sarkozy a favorisé les rentiers, Chirac les plus riches et Jospin les plus modestes.
Pour sa première publication, présentée lundi 2 avril, l'IPP s'est intéressé à l'évolution de la fiscalité et de la redistribution en France entre 1997 et 2012.

Les plus riches six fois plus favorisés depuis 2002.

Malgré cette constante, nuance l'IPP, "le bilan redistributif des trois quinquennats (Lionel Jospin de 1997 à 2002, Jacques Chirac de 2002 à 2007 et Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012) n'est pas sans contraste (...).
Le gouvernement Jospin a mis en place des mesures qui ont plus largement bénéficié aux revenus des plus modestes. (...) Les gouvernements qui se sont succédés pendant les dix années qui ont suivi la période Jospin ont plutôt eu un effet inverse, en diminuant les prélèvements pour les plus hauts revenus, en particulier pendant le quinquennat de Jacques Chirac.
Le dernier quinquennat, celui de Nicolas Sarkozy, a eu un effet contrasté, très favorable aux plus hauts patrimoines, alors que l'imposition des hauts revenus était augmentée dans le même temps."

"Les réformes mises en place depuis dix ans (c'est-à-dire depuis que la droite est au pouvoir, ndlr) ont eu pour effet d'accroître la régressivité du système", conclut l'IPP. D'après ses calculs, le taux de prélèvements obligatoires, en pourcentage du revenu national (PIB), a baissé entre 2002 et 2012 de 0,6 point pour l'ensemble de la population, et de 3,6 points pour les 1% les plus aisés. Ce qui revient à dire que les plus riches ont été six fois plus favorisés que les autres.

L'article : http://www.challenges.fr/elections-2012/20120403.CHA4942/pourquoi-nicolas-sarkozy-a-ete-le-president-des-rentiers.html

L'étude en pdf : http://www.ipp.eu/wp-content/uploads/2011/11/fiscalite-redistribution-rapport-IPP-mars2012.pdf

L'IPP : http://www.ipp.eu/fr/institut-des-politiques-publiques/

L'Institut des politiques publiques (IPP) a été créé dans le cadre d'un partenariat scientifique conclu par PSE-École d'Économie de Paris et le Centre de Recherche en Économie et Statistique (CREST).

L'IPP vise à promouvoir l'analyse et l'évaluation quantitatives des politiques publiques en s'appuyant sur les méthodes les plus récentes de la recherche en économie.

Les chercheurs affiliés à l'IPP sont à la fois des chercheurs de l'École d'Économie de Paris et du CREST, des chercheurs appartenant à d'autres institutions de recherche et une équipe permanente dédiée à l'IPP.
Leurs travaux se rapportent à des thématiques qui couvrent un large éventail de politiques publiques : la fiscalité, les politiques sociales, les politiques d'emploi, l'éducation, la santé, les retraites, le logement, l'aménagement du territoire et les politiques sectorielles.

  • PSE-Ecole d'économie de Paris constitue un pôle français de stature internationale en économie dans les divers champs de la discipline, et propose des formations sélectives du M1 au doctorat. L'engagement novateur de la fondation est de participer à la fois à l'élaboration d'instruments d'analyse sophistiqués et à leur application au service de la politique économique et des entreprises.
    PSE-Ecole d'économie de Paris constitue un centre d'attraction pour les meilleurs chercheurs français et étrangers en économie.
  • Le CREST est un centre de recherche dépendant du GENES : Groupe des Ecoles Nationales d'Economie et Statistique de l'INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques). Ce groupe comprend également l'ENSAE (Ecole Nationale de la Statistique et de l'Administration Economique), l'ENSAI (Ecole Nationale de la Statistique et de l'Analyse de l'Information) et un centre de formation permanente, le CEPE (Centre d'Etudes des Programmes Economiques).
Organisation générale
Le CREST est composé de 9 laboratoires, situés sur 4 sites différents nommés Malakoff 1(MK1), Malakoff 2 (MK2), ENPC (Paris) et Rennes.

Objectif
L'objectif général du CREST est de participer activement au développement de la recherche dans deux grands domaines :

  • la modélisation des phénomènes économiques et sociaux ;
  • la conception et la mise en oeuvre des méthodes statistiques.
Jeudi 05 avril, Sarkozy présente son projet à la presse et aux Français...

LISEZ BIEN...

Très combatif, le président-candidat a contesté les conclusions d'une étude de l'ECOLE D'ECONOMIE DE PARIS faisant apparaître que les ménages les plus aisés avaient bénéficié depuis 2002 de baisses d'impôts six fois supérieures à la moyenne des Français.

TRES IMPORTANT CE QUI SUIT...

Le président candidat a parlé à propos de l'institut d'un "organisme Théodule dont personne ne connaît ni l'intérêt, ni l'importance, ni la crédibilité"..., ajoutant qu'"un mensonge répété ne fait pas une vérité".

Il a indiqué que le fait que les prélèvements obligatoires avaient progressé sous son quinquennat suffisait à prouver que les riches n'ont pas été favorisés.

http://www.rmc.fr/editorial/244395/nicolas-sarkozy-tire-sur-le-ps-la-cgt-et-des-economistes/

Mais au fait, qui dirige cet..."organisme Théodule" ???...

(On appelle comité Théodule un comité ou une commission qui n'a que peu, voire pas d'utilité, selon wikipédia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9odule )

Mais qui est donc ce...François Bourguignon...???

Actuellement directeur de l'Ecole d'économie de Paris, et est également directeur d'études EHESS

http://www.parisschoolofeconomics.eu/fr/bourguignon-francois/

Or, le 08 janvier 2008 fut créée... La Commission Stiglitz (lire "Le Triomphe de la cupidité")
Du nom de son président Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie,  "la Commission Stiglitz" est née d'une proposition de Nicolas Sarkozy le 8 janvier 2008.
Elle est officiellement intitulée « Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social ».
Le but de cette commission est de développer une « réflexion sur les moyens d'échapper à une approche trop quantitative, trop comptable de la mesure de nos performances collectives » et d'élaborer de nouveaux indicateurs de richesse.

Les grands traits du rapport final

La commission a présenté son rapport final et ses travaux lors d'une journée à la Sorbonne le 14 septembre 2009. Le président Nicolas Sarkozy a effectué à cette occasion une allocution5. Enfin les professeurs Fitoussi et Stiglitz ont effectué une conférence de presse sur les indicateurs et la situation économique.
Le rapport a préconisé l'élaboration d'un tableau de bord regroupant plusieurs indices autour de trois grands axes :

  • Axe économie avec une amélioration de la façon de calculer le PIB
  • Axe bien-être. Avec une évaluation tant au niveau subjectif (ce que pensent les gens) qu'objectif avec prise en compte de la consommation, de la répartition des revenus et du patrimoine. En France, l'Insee a commencé à s'engager dans cette voie. Il a publié dès le 17 novembre 2009 des données sur les inégalités6. Il a présenté en 2010 une série d'analyses sur les très hauts revenus, les inégalités de patrimoine, le mal-logement et le capital humain
  • Axe soutenabilité du développement avec deux grands angles d'approche :
    • indicateur monétaire synthétique de soutenabilité
    • Des indicateurs physiques « dont l'un d'eux indique clairement dans quelle mesure nous approchons de niveaux dangereux d'atteinte à l'environnement »8(cas du changement climatique ou des ressources halieutiques par exemple)
Parmi les membres de cette commission, figurent notamment cinq prix Nobel:

Kenneth Arrow, Stanford, prix Nobel d'économie,
Daniel Kahneman, Princeton, prix Nobel d'économie,
James Heckman, Chicago, prix Nobel d'économie,
Amartya Sen, Harvard, prix Nobel d'économie,
Joseph Stiglitz, Columbia, prix Nobel d'économie,
Tony Atkinson, Nuffield College, Oxford,
------>François Bourguignon, directeur de l'École d'économie de Paris,
Jean-Philippe Cotis, directeur de l'Insee,
Kemal Dervis, PNUD,
Jean-Paul Fitoussi, président de l'OFCE, coordinateur de la commission,
Jean Gadrey, université de Lille I,
Heiner Flassbeck, CNUCED,
Enrico Giovannini, chef statisticien de l'OCDE,
Roger Guesnerie, Collège de France, Paris
Nicholas Stern, London School of Economics, Londres

http://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Stiglitz#cite_note-0


Le véritable scandale, c'est qu'à chaque fois qu'il sort une énormité, le ou les journalistes en face de lui n'ont jamais le cran de rétablir la vérité face aux lecteurs, téléspectateurs ou auditeurs : le buzz est fait, la technique de communication bien rodée.


Evidemment lorsque la vérité est rétablie sur un blog amateur, ça n'a pas la même portée et c'est trop tard..


Cette démonstration s'applique également à de nombreux autres flagrants délits de mensonges du président candidat ou de son équipe :
  • intox largement relayée sur le net sur le bilan de François Hollande en Corrèze
  • intox largement relayée dans les médias sur le cumul des indemnités de Jean-Luc Mélenchon (sénateur et député européen)
  • "la France est le seul grand pays à n'avoir plus connu de récession depuis début 2009"
  • etc..
On peut voter UMP, Modem, PG, PS... mais on ne peut pas voter pour cette incarnation de la propagande.


Faites circuler, meme à vos amis qui votent à droite : ce n'est plus une question de droite ou gauche, c'est la manière Sarkozy, l'intimidation, qui est intolérable !



Impôts des riches : fantasme ?

1/le problème majeur de la société américaine actuelle : l'inégalité croissante de la distribution des richesses.

Pour rappel, les 1% des américains les plus riches accaparaient 8% du revenu global dans les années 70, et 24% aujourd'hui, leur part du gâteau a triplé !

Le capitalisme américain a connu, de ce point de vue, trois périodes :
- une première, entre 1870 et 1929, caractérisée par la concentration de la richesse entre les mains de quelques-uns, donc d'une grande inégalité;
- une deuxième période, entre 1947 et 1975, où, au contraire, la redistribution de la richesse s'améliore et l'inégalité diminue ;
- enfin, une troisième période - qui commence aux alentours de 1975 et dans laquelle nous nous trouvons toujours - marquée par une re-concentration des fortunes et des inégalités croissantes.

2/ La taxation confiscatoire des revenus exorbitants est non seulement possible économiquement, mais souhaitable. 

En 1932, quand Roosevelt arrive au pouvoir, le taux de l'impôt fédéral sur le revenu applicable aux plus riches était de 25 % aux Etats-Unis. Le nouveau président décide de le porter immédiatement à 63 %, puis 79 % en 1936, 91 % en 1941, niveau qui s'appliqua jusqu'en 1964, avant d'être réduit à 77 %, puis 70 % en 1970.

Pendant près de cinquante ans, des années 30 jusqu'en 1980, jamais le taux supérieur ne descendit au-dessous de 70 %, et il fut en moyenne de plus de 80 %.

3/Rapacité. 

Cela n'a pas tué le capitalisme et n'a pas empêché l'économie américaine de fonctionner. Pour une raison simple : ces taux ne s'appliquaient qu'à des revenus très, très élevés. En 1941, Roosevelt fixe le seuil du taux de 91 % à 200 000 dollars de l'époque, soit 1 million de dollars d'aujourd'hui (770 000 euros). Or à ces niveaux de revenus, ce ne sont pas les compétences ou le dynamisme que l'on rémunère : ce sont la cupidité, la rapacité, le court-termisme et des prises de risque excessives. Il ne s'agissait donc pas de matraquer n'importe quel cadre supérieur ou entrepreneur sortant du lot, ce qui aurait été dévastateur économiquement.

En France, comme dans la plupart des pays développés, le taux supérieur atteint 90 % pendant l'entre-deux-guerres, puis se stabilisa autour de 70 % pendant les Trente Glorieuses - ce qui n'a pas empêché des taux de croissance économique de l'ordre de 4 % à 5 % par an tout au long de cette période.

De plus, il s'avère que la Grande dépression de 1929 et la Grande récession de 2008 se sont produites lorsque les taux d'imposition des plus riches étaient à leur plus bas. Et au contraire, les taux d'imposition étaient historiquement élevés durant la longue période de prospérité des années 1945 à 1980.

On peut d'ailleurs observer une corrélation parfaite au niveau des périodes pour ce qui concerne la règlementation des banques : la spéculation effrénée et la bulle du crédit a provoqué le krach de 1929, puis le Glass-Steagall act et toutes les autres réglementations ont assuré une stabilité jusqu'à la fin des années 70, et depuis la période Thatcher / Reagan on a démantelé peu à peu tous les pare-feux jusqu'en 1999 ce qui a provoqué ces 10 dernières années 2 krachs majeurs (2002 et 2008).
C'est conjointement à ces dérèglementations que les paradis fiscaux, la spéculation et l'accroissement des inégalités se sont développés en enrichissant une infime minorité.

L’impôt élevé a permis pendant 30 ans aux USA de prospérer car les richesses mieux distribuées ont alimenté la consommation, et surtout, sans surendettement.

Nous assistons à l'exact inverse actuellement.
Tous ceux qui croient encore au néolibéralisme et au fait que "ce qui est bon pour Wall Street est bon pour le peuple" (déclaration de Reagan) sont des imbéciles. 

vendredi 9 mars 2012

la bombe des 75%...



Cette proposition de François Hollande en direct sur un plateau TV de créer une tranche marginale de l’impôt sur le revenu à 75% pour tout revenu supérieur à  1 million d'euros fait polémique depuis 10 jours..

On a d'ailleurs assisté à un numéro semble t'il improvisé car le candidat a légèrement cafouillé sur le plateau TV entre "1 million mensuel" et "1 million annuel".. 
On retient au final qu'il s'agit bien de 1 million annuel... j'imagine par "part", ce qui exclue un ménage dont l'un des époux dispose d'un tel revenu et l'autre un revenu nettement inférieur (500 000 euros par exemple...)

Histoire de remuer le couteau dans la plaie, puisque le candidat semblait un peu perdu avec son million "par mois", oui je vous rassure, ça existe... Notez par exemple qu'on parle maintenant de salaire par semaine pour certains footballeurs, pour éviter sans doute d'annoncer des montants trop indécents si on évoquait les montants mensuels..;)

On peut se demander si une telle annonce de François Hollande était bien préparée lorsqu'on a pu voir quasiment en simultané sur une autre chaîne monsieur Sapin, qui serait peut-être son ministre des finances en cas de victoire (à moins que ce ne soit monsieur Cahuzac ?), découvrir en direct live cette mesure en cafouillant...

On peut aussi se demander si cette annonce de François Hollande est un appel du pied aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui de son coté clame haut et fort : "au dessus de 360 000 euros, je prends tout"...

Mélenchon ne milite pas forcément pour une tranche à 100%, on va dire que dans sa logique il s'agit de définir un salaire maximum en fonction du salaire minimum et ses 360 000 euros sont obtenus en multipliant le smic par 30 : nul doute que si les bas salaires augmentaient, ce seuil serait lui aussi relevé.
Par ailleurs, on peut aussi espérer que cette proposition de Mélenchon est une partie de la réponse face aux défis écologiques et aux dégats que provoque notre société de surconsommation : à quoi peuvent effectivement servir des millions d'euros si ce n'est à posséder une voiture plus grosse et plus polluante que celle du voisin, ou une maison plus grande, etc...
Dernière remarque concernant Melenchon, de sa propre bouche et assez drôle je trouve : "si je  gagne encore quelques points dans les sondages, Hollande créera une nouvelle tranche à 90% ";)

Pour en revenir à la proposition de François Hollande puisqu'il semble que ce candidat ait plus de chance d'être élu que Jean-Luc Melenchon, on notera que la première réaction du camp "d'en face", et notamment du président en exercice, a été de parler d'épuration... 

Alors il m'a semblé important, au delà de tout débat idéologique, de revenir sur 2 points très importants face à  cette annonce que d'aucuns qualifient de farfelue :

1) historique

En 1979, la tranche maximale aux USA était de 70%.. et dans les années 70, les 1% d'américains les plus riches accaparaient 8% du revenu global.

Aujourd'hui, la tranche maximale aux USA est de 35%... et les 1% les plus riches accaparent 24% du revenu global : leur part du gâteau a été multipliée par 3.. au détriment de tous les autres...

On pourrait également rappeler que lors de la "grande dépression" dans les années 30, le président Roosevelt avait créé une tranche à 90% pour les américains les plus aisés.. le temps de remettre le pays sur les rails après la catastrophe provoquée par Wall Street en 1929.

N'est on pas dans une situation similaire avec une catastrophe provoquée par Wall Street et l'effondrement des marchés à cause des subprimes en 2007, ce qui a ensuite provoqué la faillite de la banque Lehman Brothers en 2008 et le renflouement à coups de milliers de milliards du système financier mondial par les états, ce qui provoque aujourd'hui la "crise de la dette" et les plans d'austérité ?

On a nationalisé les pertes du système bancaire mais on privatise toujours les profits... cette logique en place depuis les années 80 détruit systématiquement l'économie réelle, le niveau de vie des peuples et conduit à une confiscation des richesses du monde par une minorité qui impose jour après jour sa vision..

2) comparaison actuelle avec les autres pays européens

Selon des chiffres communément admis, cette tranche à 75% ne ne concerne que 3000 personnes et effectivement ne rapporterait que 300 millions d'euros, soit un montant très insuffisant pour boucher les trous de l'état.

Néanmoins une mesure exactement contraire a été prise par le président en exercice, il s'agit du bouclier fiscal, de façon à "lutter contre l'exil fiscal".

Les chiffres officiels du ministère des finances nous indiquent qu'en 2008, environ 800 personnes se sont exilées fiscalement soit d'ailleurs un peu plus qu'avant l'abaissement du bouclier fiscal à 50% (contre 60%) : ce bouclier n'a donc servi à rien..

Alors la tranche à 75% va t'elle faire fuir les "riches", les 3000 personnes concernées ?

Franchement, de toutes façons ils sont déja partis, qu'il s'agisse de Noah, Hallyday, Sébastien Loeb ou des tennismen..

On verrait peut être partir ceux qui sont encore là, vous savez les "entrepreneurs" PDG ou ex PDG du Cac 40 et qui font des miracles à la tête de leur entreprise (Daniel Bouton à la Generale, Michel Bon chez France Telecom, Carlos Ghosn chez Renault et sa fausse histoire d'espionnage, Anne Lauvergeon chez Areva qui a surpayé de 2 milliards d'euros Uranim, etc..)

Que des compétences rares, indispensables... "C'est le prix de la responsabilité" disait un certain Jean-Marie Messier moi meme maitre du monde... Foutaise !

Alors il m'a semblé intéressant de faire de véritables comparaisons avec nos voisins... non pas uniquement sur le taux maximum, mais sur la réalité de l'impôt payé..

Exemple concret : celui d'un célibataire gagnant 1,2 million d'euros, soit 100.000 euros net imposables par mois.

Il va payer sur ses revenus 2011 avec le barème actuel :
0 % de 6088 euros,
5,5 % de 6 088 à 12 146 euros, soit 333,19 euros,
14 % de 12 146 à 26 975 euros soit 2 076,06 euros,
30 % de 26 975 à 72 317 euros, soit 13 602,6 euros.
41 % de 72 317 euros à 1,2 million, soit 462 350,03 euros.

Total : 333,19 + 2 076,06 + 13 602,6 + 462 350,03 = 478 361,88 euros et un taux moyen de 39.9%

Avec un nouveau barème qui instaure une tranche à 45% à partir de 150 000 euros et une tranche à 75% à partir de 1 millions d'euros, il payera alors:

41 % de ses revenus compris entre 72 317 et 150 000 euros, soit 31 850 euros

Plus les 2 nouvelles tranches:

45 % de ses revenus situés entre 150 000 et un million d'euros, soit 382 500 euros.
75 % des 200 000 euros de revenus au dessus d'un million, soit 150 000 euros.

Total: 333,19 +2 076,06 + 13 602,6 + 31 850 + 382 500 + 150 000 = 580 361,85 euros à payer. Soit un taux moyen de 48 %, on est hors ISF (on a le droit de tout dépenser et de ne pas avoir de patrimoine..) SOUS le bouclier fiscal !

Que font nos voisins ?

Espagne : 600.000 euros
Belgique : 594.424 euros
France (avec nouvelles tranches) : 580.361 euros
Royaume-Uni : 573.650 euros
Allemagne : 520.584 euros
Italie : 509.170 euros

France (sans réforme) : 478.361 euros

Surprise, en dépit de l'impôt Hollande pour les millionnaires, notre célibataire gagnant 1,2 million euros ne risque pas d'émigrer fiscalement en Espagne ou en Belgique !

Même le Royaume-Uni n'est pas vraiment une terre d'asile fiscal. L'avantage est trop maigre: moins de 7.000 euros.

Reste l'Allemagne et l'Italie. Mais s'exile-t-on quand on est vraiment riche pour économiser, au mieux, 71.000 euros. Et ceci dans un pays, l'Italie, où l'heure n'est plus au laxisme fiscal et à la réduction des impôts.

Cette comparaison européenne nous a réservé d'autres surprises. Actuellement les millionnaires français sont les moins imposés. Dans notre cas d'école, avec 1,2 millions de revenus par an, le taux d'imposition moyen de 39%, est, sans prendre en compte des éventuelles niches fiscales, le plus bas comparé à nos principaux voisins européens:

UK : 47.8%
Espagne : 50%
Belgique : 49.5%
Allemagne : 43.4%
Italie : 42.9%
France : 39.9%

A bon entendeur... ;)         

mardi 14 février 2012

Main basse sur la BCE

Il faut reconnaître que la précipitation à vouloir faire adopter le MES (Mécanisme Européen de Stabilité - qui doit succéder au FESF), qui exonère de toute responsabilité judiciaire ses dirigeants, est assez opportun ...


NEW-YORK - Rien n'illustre mieux les divergences politiques, la présence d'intérêts particuliers et les considérations économiques à court terme à l'œuvre en Europe que le débat sur la restructuration de la dette souveraine de la Grèce. L'Allemagne veut une restructuration en profondeur - une réduction d'au moins 50% de la dette pour les détenteurs d'obligations - alors que la Banque centrale européenne demande à ce que la restructuration se fasse sur la base du volontariat.

Dans le temps (je pense à la crise de la dette latino-américaine des années 1980), on pouvait obtenir facilement un crédit, en général d'une grande banque, souvent avec le soutien ou grâce à la pression exercée par l'Etat et les régulateurs qui voulaient le moins d'accrocs possible. Mais avec la titrisation des dettes, il y a de plus en plus de prêteurs - en particulier des fonds spéculatifs et d'autres investisseurs qui échappent pour l'essentiel à l'influence de l'Etat et des régulateurs.

Par ailleurs, "l'innovation" dans les marchés financiers a permis aux détenteurs de titres de s'assurer, autrement dit de participer, mais sans prendre de risque. Ils ont des intérêts à défendre : ils veulent faire jouer leur assurance, et il faut pour cela que la restructuration soit considérée comme un incident de crédit équivalent à un défaut de paiement. Or la position de la BCE en faveur d'une restructuration "volontaire" - autrement dit qui ne soit pas assimilable à un incident de crédit - est contraire à leur intérêt. Il est paradoxal que les régulateurs aient autorisé la création d'un système aussi dysfonctionnel.

La position de la BCE est curieuse. On aurait pu supposer que face au risque de défaut sur leurs obligations, les banques achètent une assurance. Dans ce cas, un régulateur qui prend en compte la stabilité systémique veille en principe à ce que l'assureur paye en cas de perte. Pourtant la BCE veut que les banques perdent plus de 50% sur les obligations qu'elles détiennent, sans être dédommagées.

On peut avancer trois explications à la position de la BCE, mais aucune n'est en faveur de cette institution ou de sa politique de régulation et de supervision. La première est que les banques ne se sont pas assurées et que certaines ont adopté des positions spéculatives. La seconde est que la BCE sait que le système financier manque de transparence et que les investisseurs ne peuvent évaluer les conséquences d'un défaut involontaire - ce qui pourrait entraîner un gel des marchés du crédit, ainsi que cela s'est passé après l'effondrement de Lehman Brothers en septembre 2008. Enfin, la BCE essaye peut-être de protéger les quelques banques qui ont émis les contrats d'assurance.

Aucune de ces explications ne justifie son opposition à une restructuration en profondeur qui soit imposée à la dette de la Grèce. Elle aurait pu exiger plus de transparence - l'une des grandes leçons de 2008. Les régulateurs n'auraient pas dû laisser les banques spéculer et exiger au minimum qu'elles achètent une assurance et par la suite imposer une restructuration qui leurs aurait permis de toucher les indemnités liées à l'assurance.

Il n'y a guère d'éléments qui laissent à penser qu'une restructuration en profondeur soit plus traumatique si elle est imposée. En voulant à tout prix qu'elle soit volontaire, la BCE essaye peut-être de limiter la part de la dette qui va être restructurée ; mais dans ce cas elle fait passer les intérêts des banques avant ceux de la Grèce pour laquelle une restructuration en profondeur est nécessaire pour sortir de la crise. En réalité la BCE fait probablement passer l'intérêt des quelques banques qui ont émis des CDS (assurance contre le risque de défaillance d'un crédit) avant celui de la Grèce, des contribuables européens et des prêteurs qui ont agi prudemment en s'assurant.

Enfin, dernière étrangeté, l'opposition de la BCE à une gouvernance démocratique. C'est un comité secret de l'Association internationale des swaps et dérivés, une organisation professionnelle, qui décide si un incident de crédit a bien eu lieu. Or les membres de cette association ont un intérêt personnel dans ce type de décision. Selon la presse, certains d'entre eux utiliseraient leur position pour défendre une attitude plus accommodante au cours des négociations. Il paraît inconcevable que la BCE délègue à un comité secret d'acteurs du marché en situation de conflit d'intérêts le droit de décider ce qu'est une restructuration acceptable.

Seul un argument parait - au moins à première vue - privilégier l'intérêt général : une restructuration imposée pourrait aboutir à une contagion financière, avec comme conséquence une hausse importante et peut-être prohibitive du coût du crédit pour les grandes économies de la zone euro comme l'Italie, l'Espagne et même la France. Cela conduit à la question suivante : si elles sont réalisées dans les mêmes proportions, pourquoi une restructuration imposée produirait-elle une contagion pire que si elle était volontaire ? Si le système bancaire était bien régulé, les banques détentrices de dettes souveraines étant assurées, une restructuration imposée serait moins perturbatrice pour les marchés financiers.

On pourrait dire que si la Grèce s'en tire avec une restructuration imposée, d'autres pourraient être tentés de suivre son exemple. Mais craignant cela, les marchés financiers augmenteraient instantanément les taux d'intérêt sur les autres pays - petits et grands - de la zone euro.

Les pays à risque n'ayant déjà plus accès aux marchés financiers, une réaction de panique aurait des conséquences limitées. Il est vrai que d'autres pourraient imiter la Grèce si cette dernière s'en tirait mieux avec une restructuration que sans, mais c'est quelque chose dont tout le monde a conscience.

Le comportement de la BCE n'est pas surprenant. Ainsi qu'on le voit ailleurs, les institutions qui n'ont pas à rendre des comptes de manière démocratique peuvent être la proie d'intérêts particuliers. C'était vrai avant 2008. Malheureusement pour l'Europe et pour l'économie mondiale, le problème n'a pas été résolu depuis.

Joseph Stiglitz est prix Nobel d'économie et professeur à l'université de Colombia à New-York. Il a écrit un livre intitulé Le triomphe de la cupidité.

Copyright: Project Syndicate, 2012.
www.project-syndicate.org
Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz

http://www.project-syndicate.org/commentary/stiglitz148/French